

Les Américains avec leur modestie habituelle se présentent comme les initiateurs de ce mouvement mondial de la bière, le mouvement Craft. Ils oublient évidemment qu’ils n’ont pas été les seuls à agir ou à réagir en faveur de la bonne bière. L’Angleterre et sa Campaign for Real Ale pour sauver ses fameuses cask beer et bien sûr la France se sont dressées face à une standardisation monotone et imposée par les gros groupes et les législations. Chez nous déjà dans les années 80 une bande de copains amateurs de bonnes bières créait son association et sa Guilde pour défendre le patrimoine brassicole des Pays Bas Français…vous connaissez la suite.
En Amérique dans les années 70, des brasseurs amateurs et passionnés de vraies bières rencontraient des problèmes. Disponibilité des ingrédients, choix en bonnes bières étrangères, fortes taxes sur ces importations, monopole quasi culturel des grandes marques et de leur standardisation à outrance. Alors ces quelques brasseurs éclairés, inventifs, fédérateurs, ont commencé à chercher des solutions, à reproduire leurs bières préférées, à faire venir des spécialistes de l’étranger, à se former, partir découvrir, échanger, se regrouper, créer des clubs et des associations et défendre leur cause auprès des institutions. Un peu sur le même principe que pour l’informatique où tout était à créer ils bricolaient au fond des garages, mais tout cela avec un frein non négligeable, l’illégalité de cette pratique dans tous le États-Unis.
Ce qui s’est passé aux USA proviendrait de facteurs multiples mais un point de départ semble prédominant : à la fin de la prohibition l’activité de brassage à la maison n’a pas été dépénalisée ou détaxée, alors un jour de 1978, une loi a été signée par Jimmy CARTER qui a légalisé, défini et cadré la production de bière maison. Et l’expansion a démarré, la révolution s’est mise en marche, deux ans après ça produisait commercialement.
En cette période propice en termes de temps libre, de hobby, de retour au fait maison, au naturel, tout était rassemblé. La fierté de pouvoir rattraper le retard qu’ils avaient accumulé par rapport aux autres nations les a d’autant plus motivés, et après avoir réussi à copier leurs bières préférées ils sont passés à la renaissance de styles oubliés, puis à la création, l’innovation. Des nouveaux styles, de nouveaux houblons, de nouvelles méthodes, des foires, des salons, des fêtes de la bière c’était parti pour un vrai show à l’américaine. Le marché existait, ils se sont donc tout approprié et en bons capitalistes ils ont mis en place un bisness de dimension nationale, du producteur jusqu’au consommateur et les autres pays ont suivi le mouvement (voir la Rubrique N°3 En voyage).
Des personnalités se sont particulièrement distinguées, Charlie PAPAZIAN nous est présenté comme un quasi évangélisateur, il a formé des dizaines de brasseurs, écrit des livres comme The Complete Joy of Homebrewing mais aussi fondé la American Homebrewer Association en 1978, lancé la revue Zymurgy en 1979, crée le premier festival bière en 1982 le Great American Beer Festival. Des passionnés comme Fred ECKHARDT auteur de Amateur Brewer en 1976 ou Merlin ELHARDT, créateur du premier club de brasseurs amateurs The Maltose Falcons en 1974, ont milité et donné ses lettres de noblesse au mouvement, motivé d’autres personnes comme Jeff LEBESCH à venir chercher des idées jusqu’en Belgique et fonder New Belgium Brewing en rentrant en 1988, passant ainsi du statut d’amateur à professionnel comme de nombreux autres.
Donc oui, on peut le dire, les Américains sont à l’origine de ce mouvement, de cet élan, de cette énergie nouvelle, ils ont ouvert une nouvelle voie dans la façon d’aborder le brassage, la façon de penser bière, de la consommer, de la commercialiser. Le Smithsonian Institute a d’ailleurs crée une initiative sur l’Histoire du brassage Américain, des écrivains et connaisseurs ne s’y sont pas trompés et ont accompagné, décrit, guidé cette nouvelle culture, Michael JACKSON, Stan HIERONYMUS et toute une sacrée liste (187) de beer writers.
L’aventure continue dans votre prochaine Rubrique@Net.
La bière Craft mérite bien un épisode II, le Retour….
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Pierre ULTRÉ
La gazette de Printemps devrait bientôt ou est déjà arrivée dans votre boite au lettre, tout comme les hirondelles et le soleil. Nous avons listé les brasseries adhérentes dans notre gazette, merci de nous signaler si votre brasserie est absente de cette liste (Brasseur adhérent sans précision de la brasserie)
La gazette d’hiver 2022 est en route pour arriver dans la boite aux lettres des adhérents à jour de cotisation. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous apporter vos remarques.
Monsieur et Madame Gayant, géants connus et reconnus, avaient une brasserie à leur nom il y a peu encore mais qui déjà faisait figure de petit poucet face aux géants du marché. ABinBev, Heineken et Carlsberg nous sont présentés comme des mastodontes, des multinationales tentaculaires hyper communicantes, aux bénéfices records. Cependant le produit lui-même, la bière, avouons-le, n’a que peu d’intérêt gustatif ce qui contraste avec leurs incontestables succès et tout le tapage qui en est fait. Mais voilà, ces brasseries ont aussi un passé historiquement important voire fondateur, sont porteuses de nombreux emplois et soutiennent des actions et des œuvres intéressantes, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin… d’orge.
Les géants brassent. Les chiffres donnent le tournis et atteignent des sommets tels qu’ils deviennent invérifiables (ABinbev dépasserait les 500 millions d’hectos) ces mêmes chiffres montrent également que d’autres mastodontes, moins visibles, sont bien là cachés dans leurs ombres. Les marchés asiatiques et américain très porteurs permettent à d’autres géants de coexister, on trouvera China Winter Brewery, Tsingtao ou Molson-Cors et les coulisses de la profession ne sont pas aussi limpides que leurs productions. Rachats, alliances, partage des marchés, actionnariats, entrées au capital, productions de bières sous licence, on ne nous dit pas tout, vous pensez bien.
Les géants dévorent. Le cas de Grimbergen partagé entre Alken-Maes (Heineken) et Carlsberg est parlant et maintenant voilà que les pères de l’abbaye produisent également sur place, bonjour le patacaisse ! Pour le reste il suffit de voir la liste des brasseries qui font partie de leur giron pour comprendre leur façon de grossir tout en maitrisant la concurrence, c’est fort.
Les géants aiment le sport. Ils le font savoir, l’association bière et foot, coupe d’Europe de rugby ou Tour de France n’a jamais autant fonctionné, même si on se demande encore quel est le rapport. Sport et alcool ne font pas bon ménage, alors quoi ? C’est de la 0.0% me direz-vous, c’est écrit dessus et tout autour des terrains. Ne cherchons plus, le mondial est là pour le prouver, au Qatar on brasse aussi …un tout autre liquide.
Les géants ont du cœur (ils ont tout c’est dingue !). Des fondations, des œuvres caritatives, ils soutiennent la culture, les artistes ou d’autres brasseurs victimes du confinement, valorisent leur glorieux passé et payent le chauffage des établissements partenaires. Ils œuvrent pour l’équité, la diversité, l’inclusion de leurs employés… »entrainant un engagement accru, ce qui améliore la performance commerciale » (ce n’est pas moi qui le dis).
Les géants veillent à garder leur avance. Ils investissent dans la recherche et l’amélioration continue pour se tenir au premier rang, adoptent les méthodes de l’industrie tel le Lean management pour améliorer leur qualité, leur rentabilité. Ils créent de nouvelles variétés, déposent des brevets, inventent de nouvelles techniques, sont à la pointe dans leur domaine industriel, scientifique, commercial, financier. Alors le mouvement Craft et sa multitude de petit poucet qui leurs grapille des parts de marché ça doit les chatouiller un peu mais c’est toujours l’union qui fait la force, ils ne jouent pas vraiment dans la même cour. Un peu de craft au catalogue suffira bien pour le rapport annuel (à rallonges).
D’autres géants plus discrets s’occupent eux de l’orge, du malt, du houblon, de la levure, ils sont de taille mondiale également et font moins de remous, les dividendes sont là et de la même manière ils conduisent leurs affaires aux quatre coins de la planète. Une malterie française en Ethiopie maltant l’orge locale on pourrait croire à une vieille blague, mais non, on peut même ajouter que c’est un des plus gros producteurs de …houblon ! Autour de tout ça gravitent des fabricants de produits phytopharmaceutiques, des banques, des entreprises d’investissement, des familles, autant dire des géants qui arrivent à rester très bien cachés.
Alors c’est vrai, les géants semblent toujours indestructibles mais l’histoire est là pour nous rappeler que depuis David et Goliath leur talon d’Achille ce sont …leurs pieds d’argile. Tout ce petit monde bouge et bougera encore, grossira, mutera, éclatera ou disparaitra au grès des marchés, des banques, des stratégies et des conjonctures économiques, une véritable saga pour certaines brasseries.
En attendant, nous pouvons faire ce qu’ils n’ont pas le temps de faire, c’est à dire déguster, profiter et partager, discuter, rêver et aimer, prendre notre temps pour lire la Gazette et rigoler autour d’une bière, La Géante par exemple ! À découvrir en cette période les bières d’hiver ou de Noël.
Santé et meilleurs Vœux pour 2023.
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Pierre ULTRÉ
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